Handicap International est une organisation non gouvernementale à vocation internationale qui aide à prévenir les handicaps, soigne les personnes handicapées et les accompagne dans leur parcours vers l’autonomie et l’insertion sociale. Suivez les expats de Handicap International sur le terrain.
« Notre Village, notre voix »
« Notre village, notre voix » est l’un de nos nouveaux projets mis en œuvre dans deux districts situés à la frontière des provinces de Siem Reap et Banteay Meanchey, dans le nord ouest du pays. Une zone éloignée et peu fréquentée par les ONG, ce qui a précisément motivé notre choix.
Il s’agit de « réadaptation à base communautaire » (RBC). Vous avez sans doute déjà entendu ce terme un peu rébarbatif. Ce type de projet ambitionne de se baser sur le réseau des villages, des communautés, pour identifier les personnes handicapées, souvent peu visibles, et leur apporter aide, services et conseils. S’appuyant sur des réseaux de volontaires, aidés au départ par des ONG comme la nôtre, ces projets sont durables et peu coûteux, mais leur succès nécessite un travail patient et délicat, et la présence d’un staff très compétent.

A Kralanh et Srey Snam, notre travail commence à porter ses fruits. Pho Samet, le manager du projet, lui-même handicapé, a une solide expérience. Il a pris le temps de s’entourer d’une équipe de 8 personnes, 4 par district, dont plusieurs sont également en situation de handicap visible, ce qui, pour faire passer leur message, constitue un atout : lorsqu’ils visitent des communautés isolées pour discuter avec les chefs de village, les familles puis les personnes handicapées, ils font naturellement figures de modèles. Aimable mais confiant en lui, auréolé de son titre de manager de projet, s’exprimant avec aisance, Samet étonne dans ces villages où les personnes handicapées ne sont souvent pas considérées comme des personnes à part entière. Symptôme désolant, celles que nous rencontrons sont systématiquement appelées « le sourd », « l’aveugle », le « polio »…
J’ai eu le plaisir d’accompagner notre équipe pendant deux jours à la mi-octobre. Le chemin est long, la route défoncée, il faut du temps pour atteindre le village de South Khnar. J’y assiste à la première réunion rassemblant toutes les personnes handicapées du village. Lors des premiers contacts, le chef de village nous annonçait quatre ou cinq personnes, tout au plus. Quelques semaines et beaucoup de patience ont permis d’en rassembler vingt-cinq… Le lieu –une belle pagode- est magique, la réunion à la fois joyeuse et émouvante. Ils et elles sont tous là : Sambath, sourd et muet, est venu avec son fils, qui traduit dans un langage des signes non conventionnel mais bien rodé.
Assises côté à côte, un immense sourire accroché au visage, plusieurs jeunes femmes expliquent qu’elles ont perdu un œil, à la naissance ou suite à un accident. Socheata est venue avec sa maman, qui pense qu’elle souffre d’infirmité motrice cérébrale, en réalité probablement d’épilepsie, il est encore trop tôt pour le savoir. Mme Bopha a beau être en chaise roulante, elle a le verbe facile, de l’humour… La réunion dure plus de deux heures. Le seul fait d’avoir rassemblé et mis en confiance toutes ces personnes, de leur donner la parole et de les écouter exprimer leur histoire et leurs besoins, est déjà un succès, une petite révolution.
Lors des réunions suivantes, on tentera de mettre en place des groupes d’entraide : il ne s’agit pas pour nous de les « aider », mais d’identifier avec eux toutes leurs potentialités, leurs forces et de donner le coup de pouce qui permettra à l’un de poursuivre des études, à l’autre de lancer un commerce, avec l’aide de la communauté.
Le lendemain, c’est la drôle et dynamique Panavuth qui explique le projet à des étudiants de 7e très attentifs. Dans cette classe de 70 étudiants, la parole est surtout donnée à cinq d’entre eux, ceux qui vivent en situation de handicap. La timidité fait place aux sourires, puis aux rires. La confiance est là, c’est un bon début.
Il faudra encore du temps avant que des changements s’opèrent, mais Pho Samet et son équipe sont persévérants. Ils peuvent aussi compter sur les conseils avisés de Mark Morrison, le dernier arrivé de notre équipe d’expatriés, aussi expert que patient, qui a installé ses pénates dans ce coin reculé du Cambodge. Il a les yeux bleus, écoute beaucoup et arbore un sourire immense, un sésame précieux au Cambodge…


